« Black Mirror » : le reflet de ce que nous sommes en train de devenir
Pourquoi une série peut-elle être à ce point dérangeante ? Black Mirror, l’anthologie de Charlie Brooker, imagine à chaque épisode un futur technologique cauchemardesque. J’ai eu du mal à regarder les premiers épisodes, non par dégoût, mais parce qu’ils sont trop proches de ce que nous sommes déjà.
Le miroir noir, c'est l'écran éteint
Le titre dit tout. Le « black mirror », c’est la surface noire et réfléchissante de nos écrans quand ils s’éteignent, et l’image de nous-mêmes qu’ils nous renvoient. Chaque épisode est une histoire indépendante, une dystopie du proche futur où une technologie pousse à l’extrême un de nos usages quotidiens. Pas de vaisseaux ni de robots lointains : des smartphones, des réseaux, des notes sociales, des IA. La science-fiction y est minimale, presque domestique, et c’est précisément ce qui la rend redoutable.
Pourquoi c'est si dérangeant
Je l’avoue, j’ai eu du mal à regarder les premiers épisodes. Pas à cause de la violence, mais à cause du malaise. Black Mirror ne décrit pas un monde lointain dont on pourrait se rassurer en se disant « jamais ». Il décrit le prolongement direct de nos comportements actuels. On se reconnaît, et c’est insupportable. Le frisson ne vient pas de l’invraisemblable, il vient du « ça pourrait être demain », ou pire, « c’est déjà un peu là ».
Ce que nous sommes en train de devenir
Chaque épisode tourne un curseur que nous manipulons déjà : la dépendance au regard des autres, la surveillance consentie, la marchandisation de l’intime, la délégation de nos choix à des algorithmes. C’est exactement le terrain que je travaille quand j’écris sur l’IA qui décide à notre place ou sur les biais algorithmiques. La série ne prédit pas le futur : elle radiographie un présent en accélération.
L'inconfort comme lucidité
Une fiction qui dérange à ce point fait son travail. Le malaise est le message. Il nous force à regarder ce que nous préférerions ne pas voir dans nos propres habitudes. C’est une forme de lucidité, et j’ai appris à m’y fier : ce qui nous met mal à l’aise nous apprend souvent davantage que ce qui nous flatte. Détourner les yeux serait plus confortable, et bien moins utile.
Penser la technologie avant qu'elle ne nous pense
Black Mirror rejoint mon combat de fond sur l’IA éthique : garder la main, décider de la place qu’on accorde aux outils plutôt que de la subir. C’est aussi ce que je creuse dans L’heure des prédateurs et dans Le monde est injuste, et alors ? : la technologie n’est jamais neutre, et la question n’est pas ce qu’elle peut faire, mais ce que nous décidons d’en faire.
« Black Mirror ne nous parle pas du futur. Il nous montre, à peine déformé, ce que nous sommes déjà en train de devenir. »
Tania GombertCes sujets résonnent avec les vôtres ? Échangeons.
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