Tous les articles

« Death Note » : la ligne mince entre faire le bien et jouer à Dieu

Nature morte : carnet noir, plume et pomme rouge, un rai de lumiere rouge, la ligne mince entre le bien et le mal

Pourquoi un manga peut-il vous habiter des années ? Death Note (Tsugumi Ohba et Takeshi Obata) est mon manga préféré, celui qui m’a fait poser le plus de questions. Un lycéen brillant trouve un carnet capable de tuer d’un nom, et croit pouvoir purifier le monde. Derrière le thriller, une méditation magnifique sur le bien, le mal, le pouvoir et nos liens.

Partager cet article
Parlons séries·6 min de lecture

Mon manga préféré, et toutes ses questions

Death Note est mon manga préféré, et celui qui m’a fait poser le plus de questions. L’histoire est simple et vertigineuse : Light Yagami, lycéen surdoué, trouve un cahier qui permet de tuer quiconque dont on écrit le nom. Révolté par l’injustice, il décide d’éliminer les criminels pour bâtir un monde « propre », et se fait appeler Kira. À partir de cette prémisse, Ohba et Obata déroulent une mécanique implacable. On y entre pour le suspense, on en ressort avec des interrogations qui ne vous lâchent plus.

La ligne mince entre le bien et le mal

Tout le récit tient sur cette lame. Au nom du bien, Light franchit une frontière, puis une autre. Qui décide qui mérite de mourir ? Le duel avec le détective L élève le manga bien au-dessus du thriller : deux intelligences hors normes s’affrontent, chacune convaincue de servir la justice, par des moyens opposés. Il n’y a pas de héros pur, L lui-même manipule et piège. Cette absence de camp totalement moral est ce qui rend l’œuvre si troublante : elle refuse de nous rassurer en désignant le bon et le mauvais.

Le pouvoir qui corrompt l'idéaliste

C’est ce qui me fascine, et rejoint tout ce que j’écris sur le pouvoir. Death Note ne raconte pas un méchant : il raconte ce qui arrive à quelqu’un qui croit faire le bien et qui en a soudain le pouvoir. Light finit par se prendre pour un dieu. C’est le mécanisme que je décris dans L’heure des prédateurs : le danger n’est pas la malveillance, c’est la certitude. Celui qui ne doute jamais de sa cause, et qui en a les moyens, devient capable de tout.

Ce que le pouvoir fait à nos liens

Ce qui m’a le plus marquée, c’est la façon dont le pouvoir contamine chaque relation. L’amitié, avec L, devient un jeu d’échecs où l’on apprend à estimer celui que l’on cherche à abattre. L’amour, incarné par Misa, est purement instrumentalisé, réduit à un outil au service d’une cause. Et la parentalité : Soichiro, le père de Light, policier intègre, traque sans le savoir son propre fils. Ce face-à-face entre un père droit et un fils dévoyé est déchirant. Death Note pose, à travers eux, une question intime : que reste-t-il de nos liens quand on se croit au-dessus des autres ?

Une beauté hypnotique, et pourquoi ça me hante

Death Note est aussi, tout simplement, magnifique. Sa lenteur assumée, ses plans tendus, sa musique gothique et presque opératique installent une atmosphère unique, où un simple regard ou une chips que l’on croque deviennent des sommets de tension. Cette esthétique n’est pas un décor : elle nous fait habiter la pensée de Light, et c’est profondément inconfortable. Au fond, ce manga m’a appris ce que je porte dans Le monde est injuste, et alors ? : la lucidité la plus difficile, et la plus nécessaire, c’est celle que l’on porte sur soi-même.

« Le plus dangereux n'est pas celui qui veut faire le mal, c'est celui qui est certain de faire le bien, et qui en a le pouvoir. »

Tania Gombert

Ces sujets résonnent avec les vôtres ? Échangeons.

#ParlonsSéries #DeathNote #Manga #Pouvoir #BienEtMal #Éthique

#JusteTania
« Death Note » : la ligne mince entre faire le bien et jouer à Dieu