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Cléopâtre : la reine que l'Histoire a réduite à une séductrice

Profil stylise d'une reine egyptienne avec coiffe, serpent enroule et disque solaire rouge, pouvoir et mythe

Et si Cléopâtre n’avait pas été ce que l’on raconte ? Dernière reine d’Égypte, stratège et femme d’État, elle est passée à la postérité en séductrice manipulatrice. Dans sa biographie Cléopâtre, Stacy Schiff démêle la femme de pouvoir du mythe fabriqué par ses ennemis.

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Figures féministes·6 min de lecture

La reine que l'Histoire a salie

Cléopâtre a régné près de vingt ans sur l’Égypte, à une époque et dans un monde dominés par les hommes. Pourtant, ce que la mémoire collective en a retenu tient en peu de mots : sa beauté, ses amours avec César puis Marc Antoine, sa fin tragique. La dirigeante a disparu derrière la séductrice. Stacy Schiff entreprend de rétablir les faits, en confrontant les sources, et révèle une tout autre figure, bien plus dérangeante pour ses détracteurs.

Une dirigeante, pas une courtisane

Cléopâtre parlait plusieurs langues, administrait un royaume riche et convoité, menait une diplomatie subtile face à la puissance montante de Rome. C’était une cheffe d’État accomplie, formée au pouvoir, qui sut préserver l’indépendance de son pays bien plus longtemps qu’on ne l’aurait cru possible. Schiff montre une stratège, pas une intrigante. La réduire à ses liaisons, c’est refuser de voir qu’une femme ait pu, par elle-même, exercer un pouvoir réel.

Le récit écrit par les vainqueurs

L’image de Cléopâtre nous vient en grande partie de Rome, c’est-à-dire de ses ennemis, puis des siècles qui ont brodé dessus. Les vainqueurs écrivent l’Histoire, et ils avaient intérêt à la salir. On a fait d’une reine puissante une femme dangereuse, sensuelle et calculatrice. C’est un schéma ancien : quand une femme exerce le pouvoir, on explique sa réussite par la séduction plutôt que par la compétence. Le mythe sert à neutraliser ce qu’il y avait de subversif.

Le procès permanent des femmes puissantes

Cléopâtre n’est pas un cas isolé. Toute femme de pouvoir s’expose au même soupçon : elle n’aurait réussi que par des moyens illégitimes, le charme, la manipulation. C’est une variante très ancienne du double bind qui piège encore les femmes dirigeantes : compétentes, on les juge froides ; sensibles, on les juge faibles. Relire Cléopâtre, c’est reconnaître ce mécanisme, et cesser de le reproduire.

Ce que Cléopâtre nous apprend

L’histoire de Cléopâtre est une leçon de méthode : toujours se demander qui a écrit le récit, et à qui il profite. Derrière la légende, il y a presque toujours un rapport de pouvoir. C’est le fil de mon essai Le monde est injuste, et alors ? : pour rendre justice aux invisibilisées, il faut d’abord interroger les images toutes faites que l’on nous a transmises, et le regard qui les a façonnées.

« On n'a pas pardonné à Cléopâtre d'avoir régné. Alors on a raconté qu'elle n'avait fait que séduire. »

Tania Gombert

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Cléopâtre : la reine que l’Histoire a réduite à une séductrice