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Marilyn Monroe : la personne derrière l'icône fabriquée

Profil de femme glamour sous un projecteur rouge, bobine de film, masque de porcelaine fissure, l'icone fabriquee

Et si Marilyn Monroe avait été l’une des femmes les plus exploitées du XXe siècle ? Derrière l’icône blonde, il y avait Norma Jeane. Dans Marilyn, la féministe Gloria Steinem refuse le mythe et regarde la personne. Un portrait qui dérange nos façons d’aimer et de consommer les femmes.

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Figures féministes·6 min de lecture

Norma Jeane derrière Marilyn

Avant l’icône, il y a une enfant ballottée de foyers en familles d’accueil, marquée par l’abandon. « Marilyn Monroe » est une construction : un nom, une couleur de cheveux, une démarche, un personnage fabriqué par une industrie et par elle-même. Steinem insiste sur ce dédoublement. Confondre la femme et le personnage, c’est déjà participer à l’effacement de la première au profit du second. Norma Jeane a passé sa vie à chercher à être vue, vraiment, derrière l’image.

L'icône et la dépossession

Son image lui a échappé. Exploitée par les studios, réduite à un corps et à un sourire, elle ne maîtrisait ni ses rôles ni sa légende. Le glamour, présenté comme un pouvoir, fonctionnait surtout comme une cage dorée. Steinem montre une femme dépossédée de sa propre représentation, transformée en marchandise par une machine qui prétendait l’adorer. Être désirée par tous n’est pas la même chose qu’être respectée par quelqu’un.

Plus intelligente qu'on ne l'a laissée paraître

Marilyn lisait, voulait jouer des rôles sérieux, fonda sa propre société de production pour gagner en autonomie. Cette quête de reconnaissance se heurtait sans cesse à l’image de la « blonde idiote » qu’on lui imposait. Le décalage entre ce qu’elle était et ce qu’on voulait qu’elle soit est au cœur de sa souffrance. On riait de ses ambitions au lieu de les prendre au sérieux, mécanique cruelle dont bien des femmes connaissent encore la logique.

Une relecture féministe

Le geste de Steinem est de refuser les deux pièges : ni la victime passive, ni la bimbo. Elle rend à Marilyn sa complexité, son agency, ses tentatives de reprendre la main. Relire ainsi une icône, c’est reconnaître qu’une femme réduite à son apparence reste un sujet, pas seulement un objet. Cette relecture s’inscrit dans une même logique que le double bind : les femmes très visibles sont jugées sur tout, sauf sur ce qu’elles veulent vraiment dire.

Ce que son mythe dit de nous

Marilyn nous tend un miroir gênant : notre façon de fabriquer des idoles, de les consommer, puis de nous étonner de leur effondrement. C’est le fil de mon essai Le monde est injuste, et alors ? : derrière les images que l’on adore, il y a des personnes, et la première justice qu’on leur doit est de les regarder comme telles.

« On a tellement aimé Marilyn qu'on a oublié Norma Jeane. Aimer une image, ce n'est pas voir une personne. »

Tania Gombert

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Marilyn Monroe : la personne derrière l’icône fabriquée