Pendant 50 ans, l'école a valorisé une seule intelligence : l'IA vient de la banaliser
Une vidéo du média Silicon Carne (43 000 vues) le dit sans détour : pendant cinquante ans, l’école a valorisé un seul type d’intelligence. L’IA générative vient de le rendre ordinaire. Les savoir-faire qui décrochaient les bonnes notes, mémoriser, restituer, suivre la consigne, sont exactement ce que la machine produit désormais en quelques secondes. La question n’est plus de savoir qui réussit à l’école, mais ce qui nous reste en propre.
Le « bon élève » est exactement ce que l'IA sait faire
Pendant des décennies, réussir à l’école a voulu dire une chose précise : mémoriser, restituer, appliquer une procédure, rédiger proprement, viser la bonne réponse attendue. Ce sont, presque mot pour mot, les tâches que l’IA générative exécute le mieux. Une étude d’OpenAI publiée en 2023 estimait que près de 80 % des actifs américains ont au moins 10 % de leurs tâches exposées aux grands modèles de langage, et 19 % en ont plus de la moitié. Le Forum économique mondial classe d’ailleurs la mémoire appliquée aux tâches standardisées parmi les compétences en déclin. Le profil que l’école a récompensé est devenu le plus reproductible de tous.
Ce que l'IA fait monter en valeur
Regardons maintenant ce qui prend de la valeur. Dans son Future of Jobs Report 2023, le Forum économique mondial place en tête des compétences en hausse la pensée analytique et la pensée créative, citées par 73 % des entreprises interrogées, suivies de la résilience, de la curiosité, de l’apprentissage continu et du leadership. Le même rapport anticipe que 42 % des tâches seront automatisées d’ici 2027. Plus la machine absorbe l’exécution standardisée, plus la prime se déplace vers le jugement, l’imagination, la capacité à poser les bonnes questions et à encadrer l’outil. Ces qualités, l’école les a longtemps traitées comme secondaires.
Une école pensée pour l'usine
Cette critique n’est pas neuve. En 1983, le psychologue Howard Gardner formulait sa théorie des intelligences multiples : il en distinguait huit, là où l’école n’en valorise vraiment que deux, la logico-mathématique et la verbale. Le pédagogue Ken Robinson, dans sa conférence « Do schools kill creativity ? » de 2006, décrivait un système hérité de l’ère industrielle, organisé comme une chaîne de production, avec sa hiérarchie des matières et son culte de la réponse unique. Un modèle conçu pour former des profils interchangeables. Longtemps, le monde du travail récompensait ce conformisme. Ce monde change aujourd’hui d’exigences.
La singularité comme avantage
C’est ici que tout se renverse. Les élèves qui n’entraient pas dans le moule, les esprits divergents, les profils atypiques, ceux qui voyaient le problème de côté, se retrouvent soudain mieux armés. Ce que l’école corrigeait comme un écart devient une ressource rare. On apprend tôt, quand on grandit entre plusieurs cultures, à regarder sa singularité comme un point de vue supplémentaire. La diversité des intelligences, longtemps perçue comme un désordre, est justement ce qui résiste à la standardisation. Là où la machine uniformise, l’humain singulier garde une longueur d’avance.
Réapprendre à valoriser l'humain
Il ne s’agit pas de renoncer aux savoirs ni de bâcler les fondamentaux. Le Forum économique mondial rappelle que 44 % des compétences des actifs devront être actualisées dans les prochaines années. Le chantier est ailleurs : changer ce que nous valorisons. Cultiver la pensée critique, l’intelligence émotionnelle, la créativité, et cette compétence neuve qu’est l’art de dialoguer avec l’IA, de la questionner, de la corriger. Pour les dirigeantes et les dirigeants comme pour les écoles, le défi est le même : faire grandir ce que la machine n’aura pas. L’IA ne nous rend pas inutiles. Elle nous renvoie à ce que nous avons de plus difficile à imiter : être pleinement, singulièrement, humains.
« L'IA est devenue la meilleure élève de la classe. Notre avenir tient à ce qu'elle ne saura jamais être : singuliers. »
Tania GombertCes sujets résonnent avec les vôtres ? Échangeons.
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