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Née à Madagascar : ce que les contrôles aux frontières me rappellent à chaque voyage

Silhouette tenant un passeport sous un projecteur, points d'interrogation, carte avec fil rouge ile-hexagone

J’ai un passeport français. Je suis franco-malgache, arrivée en France à cinq ans, et si j’ai un accent, c’est plutôt l’accent parisien. Pourtant, à chaque déplacement au Maroc ou en Tunisie, au moment de quitter le territoire, les questions s’enchaînent sur mon lieu de naissance. Une fois, on a même vérifié, dans un bureau à part, que je comprenais bien le français.

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Métissage·5 min de lecture

Le rituel des frontières

La scène se répète, presque à l’identique. Je voyage, au Maroc, en Tunisie, et au moment de quitter le territoire pour rentrer chez moi, en France, les questions arrivent. D’où venez-vous ? Où êtes-vous née ? On feuillette, on revient en arrière, on s’arrête sur une ligne. Le passeport est français, le vol rentre en France, et pourtant quelque chose, sur le document, appelle un supplément d’enquête. Ce quelque chose, je crois savoir ce que c’est : un lieu de naissance, Madagascar.

« Vérifier que je parle bien français »

Une fois, on m’a installée dans un bureau à part, pour un entretien presque courtois, dont le but était de s’assurer que je comprenais le français. Une autre fois, on a remonté la généalogie jusqu’aux origines de mes arrière-grands-parents. Je ne sais pas si l’on procède ainsi avec tout le monde. Mais la régularité du scénario, et le moment où il se déclenche, dessinent un motif difficile à ignorer.

Cinq ans, et un malgache perdu

Le plus ironique tient dans ce détail : je suis arrivée en France à cinq ans, et j’en ai perdu le malgache. Je suis aujourd’hui une bilingue passive : je le comprends comme je comprends le français, mais avec le niveau d’une enfant de sept ans, et je ne le parle pas. On suppose mon étrangeté ; ma vraie perte, celle d’une langue, reste invisible. Si j’ai un accent, ce n’est pas celui que l’on cherche : c’est l’accent parisien.

L'assignation à l'origine

Ce que vivent beaucoup de personnes racisées tient dans ce renvoi permanent à une origine. Quels que soient les papiers, la langue, le parcours, revient la question d’où venez-vous « vraiment ». Le « vraiment » fait tout le travail : il signifie que la réponse officielle, la nationalité, ne suffit pas, qu’il faudrait avouer un ailleurs plus authentique. C’est une petite mécanique, banale, quotidienne, et c’est précisément sa banalité qui en dit long.

Et alors ?

Je ne raconte pas cela pour me plaindre, mais parce que c’est une preuve minuscule et répétée de ce dont je parle dans mon livre. Nommer ces moments, avec un peu d’ironie, mon seul accent est parisien, c’est refuser de les porter en silence. L’injustice n’a pas toujours le visage du drame : elle a souvent celui d’une question polie posée pour la énième fois. La voir pour ce qu’elle est, c’est déjà cesser de la trouver normale.

« On me demande sans cesse d'où je viens « vraiment ». La vérité tient en une phrase : je suis arrivée à cinq ans, et mon seul accent est parisien. »

Tania Gombert

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