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« Supremacy » de Parmy Olson : qui gagne la course à l'IA, et au nom de quoi

Deux profils couronnes se faisant face au-dessus d'un cerveau-IA rouge en circuits, course a la suprématie

Derrière ChatGPT, il y a des hommes, des ambitions et des milliards. Dans Supremacy (2024, prix du livre business du Financial Times), la journaliste Parmy Olson raconte la course à l’IA entre Sam Altman (OpenAI) et Demis Hassabis (DeepMind), et comment l’idéal d’une « IA pour l’humanité » a rencontré la logique des géants de la tech.

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Analyse littéraire·6 min de lecture

L'enquête sur la course à l'IA

Parmy Olson suit deux trajectoires : celle de Sam Altman, devenu le visage d’OpenAI, et celle de Demis Hassabis, fondateur de DeepMind. Deux hommes brillants, deux promesses de mettre l’intelligence artificielle au service du bien commun. Le livre retrace comment ces ambitions se sont retrouvées absorbées dans la compétition entre Microsoft et Google. L’enquête est précise, documentée, sans sensationnalisme : elle montre des humains, leurs convictions et leurs compromis, là où l’on ne voit souvent que des produits.

Deux visions, un même piège

Altman et Hassabis partageaient une rhétorique : l’IA serait trop importante pour être laissée au seul marché. Olson montre comment, l’un comme l’autre, ils ont fini par dépendre des capitaux et de l’infrastructure des plus grandes entreprises du monde. L’idéal de départ, ouvert, prudent, au service de tous, s’est heurté à la réalité d’une technologie qui coûte des fortunes à entraîner. Le piège n’est pas la mauvaise foi : c’est la gravité d’un système qui ramène tout vers la concentration.

Le décalage entre le discours et la pratique

Le grand mérite du livre est de mesurer l’écart entre les valeurs affichées et les décisions prises. On promet la transparence, on verrouille ; on invoque la sécurité, on accélère. Ce décalage est exactement celui que je documente sur le terrain des biais algorithmiques : l’éthique d’une IA ne se juge pas à ses communiqués, mais à ce qu’elle fait vraiment, à qui elle sert, à qui elle nuit. Les intentions ne suffisent pas.

Qui décide de l'IA qui nous décide

Au fond, Supremacy pose une question de pouvoir. Une poignée de laboratoires, adossés à une poignée de géants, façonnent les outils qui décideront demain d’un crédit, d’un recrutement, d’un diagnostic. C’est la suite logique de ce que j’écris sur l’IA qui décide à notre place : la concentration du pouvoir cognitif est aussi vertigineuse que celle des pouvoirs économiques ou politiques, et bien moins discutée.

Ce que cela change pour nous

Le livre démontre, sans jamais le marteler, que la gouvernance de l’IA est une question politique, pas seulement technique. Savoir qui décide, sous quel contrôle, avec quelles contre-forces, voilà l’enjeu. C’est le fil de mon essai Le monde est injuste, et alors ? : refuser que la complexité technique serve d’alibi à la dépossession. Comprendre la course à l’IA, c’est se redonner le droit d’avoir un avis sur ce qu’elle nous fait.

« La vraie question de l'IA n'est pas ce qu'elle peut faire, mais qui décide de ce qu'elle fera, et au nom de quoi. »

Tania Gombert

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« Supremacy » de Parmy Olson : qui gagne la course à l’IA, et au nom de quoi