Simone Veil : du pire de l'Histoire au courage d'une loi
Rescapée d’Auschwitz, magistrate, ministre, première présidente du Parlement européen élu : Simone Veil (1927-2017) a traversé le siècle et l’a marqué. Son autobiographie, Une vie, raconte un destin où la mémoire du pire nourrit le courage du juste. La loi qui porte son nom a changé la vie des femmes.
Survivre, puis servir
Déportée à seize ans à Auschwitz, Simone Veil survit à l’extermination qui emporte une partie des siens. De cette expérience indicible, elle tire non pas de la haine, mais une exigence : celle de la dignité et de la justice. Devenue magistrate, elle s’occupe des conditions de détention et de l’adoption avant d’entrer au gouvernement. Une vie montre comment la mémoire du pire peut se transformer en énergie de réparation, sans jamais s’effacer.
La loi Veil, un combat frontal
En 1974, ministre de la Santé, elle porte la loi dépénalisant l’avortement. À la tribune de l’Assemblée, face à un hémicycle presque exclusivement masculin et souvent hostile, elle plaide avec une dignité restée célèbre. Elle subit des attaques d’une violence inouïe, jusque dans des comparaisons abjectes avec ce qu’elle avait vécu. Elle tient. La loi passe. Le corps des femmes cesse, sur ce point, d’être régi par la clandestinité et le danger.
Le corps des femmes comme champ de bataille
Le combat de Veil rappelle une vérité constante : c’est souvent sur le corps des femmes que se livrent les batailles politiques. Décider d’avorter ou non, c’est décider de qui dispose de soi. En portant cette loi, Veil affirme un principe de liberté qui dépasse la seule question médicale. C’est ce que Simone de Beauvoir avait posé en théorie, et que Veil inscrit, elle, dans le droit.
L'Europe comme horizon
Première présidente du Parlement européen élu au suffrage universel, Simone Veil incarne aussi une conviction née des ruines : l’Europe comme rempart contre le retour de la barbarie. Pour celle qui avait vu où mènent les nationalismes, l’union des peuples n’était pas une abstraction technocratique, c’était une promesse de paix. Cette cohérence, entre son histoire et ses engagements, donne à sa figure une autorité morale rare.
Ce qu'elle nous oblige à ne pas oublier
Simone Veil relie la mémoire et l’action, le devoir de se souvenir et celui de transformer. Aucun acquis, nous dit-elle, n’est jamais définitif. C’est le fil de mon essai Le monde est injuste, et alors ? : regarder l’Histoire en face, non pour s’y enfermer, mais pour en tirer la force d’agir. Veil est de ces figures qui prouvent qu’on peut sortir du pire sans renoncer à croire au meilleur.
« Simone Veil a fait du souvenir du pire le moteur d'un combat pour le juste. C'est la plus haute forme de courage. »
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