Ada Lovelace : la première programmeuse que l'Histoire a effacée
Un siècle avant l’ordinateur, une femme en avait pressenti la puissance. Ada Lovelace (1815-1852), fille de Lord Byron, a écrit ce que l’on considère comme le premier programme informatique. Dans Ada ou la beauté des nombres, Catherine Dufour redonne sa place à une pionnière trop longtemps réduite au rang de simple assistante.
La fille de Byron qui choisit les nombres
Fille du poète Lord Byron, Ada est élevée par une mère qui la gave de mathématiques, persuadée d’éloigner ainsi la « folie » paternelle. Le calcul devient sa langue. Dans une Angleterre victorienne qui n’attend des femmes ni science ni ambition, elle se passionne pour la logique et les machines. Ce choix des nombres, contre le destin tracé, est déjà un acte. Ada ne sera ni la muse ni l’ornement que son époque lui réservait : elle veut comprendre comment le monde se calcule.
La première programmeuse
Sa rencontre avec Charles Babbage, concepteur d’une « machine analytique » jamais construite, est décisive. Chargée de traduire un article sur cette machine, Ada y ajoute des notes plus longues que le texte d’origine. L’une d’elles décrit, pas à pas, comment la machine calculerait une suite de nombres : c’est, de l’avis de beaucoup, le premier algorithme de l’Histoire. Bien avant l’électronique, elle a écrit du code pour une machine qui n’existait pas encore.
Une visionnaire, pas une traductrice
Le plus saisissant est ailleurs. Là où Babbage voyait une calculatrice, Ada a vu une machine universelle. Elle a compris que, si on pouvait coder des nombres, on pourrait coder des symboles, donc de la musique, des images, du langage. Elle a entrevu l’ordinateur tel que nous le connaissons, un siècle et demi à l’avance. Cette intuition n’était pas une traduction fidèle : c’était une pensée originale, audacieuse, qui dépassait de loin celui qu’on présente comme son maître.
L'effacement d'une pionnière
Pendant longtemps, on a minimisé son rôle : elle n’aurait fait que mettre en forme les idées de Babbage. C’est le sort réservé à tant de femmes de science, dont les travaux sont attribués aux hommes qui les entourent. Réduire Ada à une copiste, c’est répéter le geste qui efface les femmes de l’histoire des idées. Lui rendre justice, ce n’est pas céder à une mode, c’est corriger une erreur documentée, et regarder enfin ce qu’elle a réellement produit.
Pourquoi elle compte aujourd'hui
À l’heure où l’intelligence artificielle redessine nos vies, se souvenir qu’une femme en a posé les fondations n’est pas anecdotique. Les métiers de la tech restent massivement masculins, et cette absence façonne les outils que l’on construit. Ada Lovelace rappelle que les femmes n’ont pas à « entrer » dans la technologie : elles y étaient à l’origine. C’est aussi le fil de mon essai Le monde est injuste, et alors ? : voir qui l’Histoire a rendu invisible, et pourquoi.
« Ada Lovelace a vu, un siècle à l'avance, que la machine pourrait créer. L'Histoire a mis cent ans à voir qu'elle l'avait vu. »
Tania GombertCes sujets résonnent avec les vôtres ? Échangeons.
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