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Gisèle Halimi : l'avocate qui a fait du tribunal une tribune

Silhouette de femme en robe d'avocate devant la balance de la justice, chaine rouge brisee, droits des femmes

Comment une avocate change-t-elle la loi ? En transformant chaque procès en combat politique. Gisèle Halimi (1927-2020), avocate franco-tunisienne, a marqué l’histoire du droit des femmes. Son livre-testament, Une farouche liberté (2020), retrace une vie d’engagement où le courage juridique a fait avancer la justice.

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Figures féministes·6 min de lecture

L'avocate qui a changé la loi

Gisèle Halimi n’a pas seulement plaidé, elle a fait jurisprudence. Au procès de Bobigny, en 1972, elle défend une adolescente jugée pour avortement et retourne l’accusation : c’est la loi qu’elle met en accusation. Ce procès contribue à ouvrir la voie à la loi Veil. Quelques mois plus tôt, elle figurait parmi les signataires du Manifeste des 343, ces femmes déclarant publiquement avoir avorté. Halimi a compris que le droit n’est pas figé : il se conquiert.

Faire du tribunal une tribune

Sa méthode est limpide : utiliser l’espace judiciaire comme une caisse de résonance politique. Un procès individuel devient le procès d’un système. En défendant une femme, elle plaide pour toutes. Cette stratégie, audacieuse, a fait d’elle une figure redoutée et admirée. Elle montre qu’un combat juridique bien mené peut déplacer les lignes plus vite que des années de discours. Le tribunal, sous sa robe, cessait d’être un lieu de soumission pour devenir un lieu de transformation.

« Une farouche liberté »

Son dernier livre, écrit avec la journaliste Annick Cojean, porte un titre-programme. La liberté, pour Halimi, n’a jamais été un confort : c’est une exigence âpre, parfois solitaire, toujours combative. Ce livre-testament transmet une conviction : on ne reçoit pas ses droits, on les arrache. À une époque où certains acquis vacillent, cette farouche liberté résonne comme un appel à ne jamais considérer aucune avancée comme définitive.

Tunisienne, française, féministe

On oublie souvent que Halimi fut aussi une anticolonialiste, qui défendit des militants algériens et dénonça la torture pendant la guerre d’Algérie. Née en Tunisie dans une famille juive modeste, elle a porté de front plusieurs combats. Ce parcours fait d’elle une figure de l’entre-deux, qui refusait de séparer la lutte des femmes des autres luttes pour la dignité. Une cohérence qui parle à toutes celles et ceux qui se reconnaissent dans plusieurs appartenances à la fois.

Ce qu'elle nous lègue

Halimi laisse une leçon de courage et de méthode : le droit est un levier, à condition de l’oser. Elle prolonge, sur le terrain judiciaire, ce que Simone de Beauvoir avait pensé sur le terrain des idées. C’est aussi ce que je défends dans Le monde est injuste, et alors ? : l’injustice se combat, concrètement, dossier après dossier, loi après loi, sans jamais se résigner à l’état des choses.

« Gisèle Halimi a compris qu'un procès pouvait changer une loi, et qu'une loi pouvait changer des millions de vies. »

Tania Gombert

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Gisèle Halimi : l’avocate qui a fait du tribunal une tribune