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Katherine Johnson : la femme qui a calculé le chemin des étoiles

Silhouette de femme devant un tableau de trajectoires orbitales rouges, une fusee et la Terre, ere spatiale NASA

Quand l’ordinateur donnait un résultat, l’astronaute John Glenn voulait qu’elle le vérifie. Katherine Johnson (1918-2020), mathématicienne de la NASA, a calculé les trajectoires qui ont envoyé les Américains dans l’espace. Femme noire dans l’Amérique ségréguée, elle est l’une des héroïnes de Les Figures de l’ombre de Margot Lee Shetterly.

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Figures féministes·6 min de lecture

Un génie des nombres dans un monde fermé

Enfant prodige des mathématiques, Katherine Johnson grandit dans une Amérique où sa couleur de peau et son sexe ferment presque toutes les portes. Elle les force une à une. Recrutée par l’agence qui deviendra la NASA, elle rejoint un groupe de « calculatrices humaines », des femmes, souvent noires, qui effectuent à la main les calculs de l’aéronautique. Son talent est tel qu’on finit par l’admettre là où aucune femme noire n’était censée entrer.

La main derrière la conquête spatiale

Johnson calcule les trajectoires de vols historiques, dont celui de John Glenn, premier Américain en orbite. À une époque où les premiers ordinateurs électroniques arrivent, Glenn exige qu’elle vérifie personnellement leurs résultats : il confie sa vie à ses calculs plutôt qu’à la machine. C’est dire la précision et la fiabilité de son travail. Derrière l’image héroïque des astronautes, il y avait ces femmes invisibles dont dépendait, littéralement, la réussite de la mission.

La double peine de l'invisibilité

Femme et noire, Johnson cumule les obstacles : toilettes séparées, café à part, signatures de rapports refusées. Son histoire dit que l’invisibilité a des degrés, et que certaines en subissent plusieurs couches à la fois. C’est précisément ce que théorise l’intersectionnalité : les discriminations ne s’additionnent pas, elles se combinent en une expérience spécifique, longtemps restée sans nom et sans reconnaissance.

Sortir de l'ombre, tard

Il aura fallu attendre un livre et un film à succès pour que le grand public découvre son nom, des décennies après ses exploits. Cette reconnaissance tardive est douce-amère : elle répare, mais elle rappelle combien on a tardé. Combien d’autres « figures de l’ombre » attendent encore leur lumière ? Rendre justice à Johnson, c’est aussi s’engager à ne plus attendre cinquante ans pour reconnaître celles qui font, dans le silence, avancer le monde.

Ce qu'elle me dit du métissage des luttes

L’histoire de Katherine Johnson noue le genre, la race et le savoir. C’est le cœur de mon engagement avec Cap Métissage : refuser de séparer les combats, parce que les personnes, elles, ne sont pas séparables. C’est aussi le fil de Le monde est injuste, et alors ? : voir l’injustice dans toute son épaisseur, là où plusieurs assignations se superposent sur les mêmes épaules.

« John Glenn confiait sa vie aux calculs de Katherine Johnson. L'Amérique a mis cinquante ans à confier son nom à la mémoire. »

Tania Gombert

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