Comment je suis venue à l'IA : dix ans de travail, et un syndrome de l'imposteur
On me demande souvent si je fais de l’IA « parce que c’est à la mode ». La vérité est moins glamour et plus longue : j’y travaille depuis bientôt dix ans, dans mes postes salariés, par curiosité plus que par stratégie. Et il a fallu qu’on me propose d’animer un atelier devant des « sachants » pour que je réalise, enfin, l’étendue de ce que je savais.
Pas une digital native, une autodidacte
Je ne suis pas née avec un smartphone dans les mains. Le numérique, je l’ai appris, par curiosité, en faisant, en me trompant, en recommençant. De fil en aiguille, cet apprentissage de terrain m’a menée à piloter des projets, puis à occuper des postes de directrice digitale. Rien de tout cela ne m’a été donné : tout s’est construit, une compétence après l’autre. C’est, je crois, la marque des autodidactes : nous n’héritons pas d’un domaine, nous l’apprivoisons.
Dix ans, et non un effet de mode
Quand l’IA est devenue le sujet de toutes les conversations, beaucoup ont cru à un virage opportuniste de ma part. La réalité est plus prosaïque : cela faisait déjà des années que je travaillais sur ces questions dans mes fonctions, bien avant que le grand public ne s’en empare. Je n’ai pas sauté dans un train à la mode. J’étais déjà à bord, à m’occuper de la mécanique, quand les projecteurs se sont allumés.
Le jour du workshop
Le déclic est venu d’un détail. Dans un groupe de travail, mon nom a été proposé pour animer un atelier devant des personnes que je considérais, moi, comme les véritables sachants. Mon premier réflexe : mais qu’est-ce que je fais là ? Puis, en préparant, j’ai mesuré l’évidence : ce que je croyais flou, je le maîtrisais en réalité depuis longtemps. Il a fallu le regard des autres pour que je vois enfin le mien.
Ce satané syndrome de l'imposteur
Il y a un nom pour cet écart entre ce qu’on sait et ce qu’on s’autorise à croire de soi : le syndrome de l’imposteur, décrit dès 1978 par les psychologues Pauline Clance et Suzanne Imes, et particulièrement répandu chez les femmes qui réussissent. On attribue ses succès à la chance, au hasard, à un malentendu qui finira par se dissiper. Pour une autodidacte, sans le diplôme « attendu », sans le badge de digital native, le doute trouve un terrain encore plus fertile.
Ce que j'en retiens, pour les autres
À celles et ceux qui ont appris seuls, qui n’ont pas le parcours « légitime » ou la bonne étiquette : votre légitimité tient à vos années de curiosité, bien plus qu’à un label. On n’attend pas de se sentir prêt pour l’être. La compétence précède souvent, et de loin, le sentiment de compétence. Le jour où vous l’oublierez, vous ferez ce que vous croyiez réservé aux autres : vous monterez sur l’estrade, et vous aurez raison d’y être.
« Je n'ai pas attendu de me sentir légitime pour faire de l'IA. J'ai fait, pendant dix ans, et la légitimité a fini par me rattraper. »
Tania GombertCes sujets résonnent avec les vôtres ? Échangeons.
Et si, à l'ère de l'IA, la compétence la plus rare était la curiosité tenace de celles et ceux qui apprennent par eux-mêmes ?
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