« Lidia fait sa loi » : l'avocate qui a forcé la justice à la voir
Combien de pionnières l’Histoire a-t-elle laissées dans l’ombre ? Dans Lidia fait sa loi (Netflix), Matilda De Angelis fait revivre Lidia Poët, première avocate d’Italie, radiée du barreau en 1883 parce qu’elle est une femme. Sortir de l’oubli ces figures, et le raconter en série, avec panache et plaisir : c’est aussi cela, transmettre.
Une pionnière, pour de vrai
Lidia Poët a existé. En 1883, à Turin, alors qu’elle vient d’être inscrite au barreau, une décision de justice l’en radie au seul motif qu’elle est une femme. La série romance son histoire, mais le combat, lui, est réel. On y suit cette avocate empêchée d’exercer en son nom, qui continue pourtant à enquêter et à plaider depuis le cabinet de son frère. Derrière l’intrigue, il y a une vraie bataille, celle de l’accès des femmes aux professions qu’on leur refusait.
Droits des femmes et lutte des classes
La force de la série est de ne pas se contenter d’un combat. Elle mêle l’émancipation des femmes et les inégalités sociales, tissant les deux dans des enquêtes policières menées avec humour et élégance. La saison suivante se fait même plus politique, autour du droit de vote. Ce refus de séparer les luttes me parle : on ne pense pas la condition des femmes hors de la question sociale. Lidia défend des accusés que la société méprise, et c’est tout sauf un hasard.
Pourquoi je la cite
Je recommande cette série, y compris dans mes interviews, parce que Lidia est un modèle. Elle incarne ce que je défends dans ma conférence TEDx, notre point de départ ne détermine pas notre point d’arrivée : on naît dans une assignation, mais elle ne fait pas le destin. Lidia n’attend pas qu’on lui accorde sa place, elle la prend. Voir une telle figure, brillante et déterminée, à l’écran, ce n’est pas anodin : les modèles ouvrent des chemins.
Une héroïne qui agace, et tant mieux
Lidia n’est pas lisse. Libre, sûre d’elle, parfois insolente, elle dérange, dans la fiction comme elle aurait dérangé dans la réalité. C’est précisément ce qui la rend juste. Une femme qui occupe pleinement sa place s’expose toujours au reproche d’en faire trop, ce double bind qui piège encore les femmes de pouvoir. La série assume une héroïne qui ne cherche pas à plaire, et c’est une respiration.
Ce que cette série nous rappelle
Lidia Poët ouvre une lignée que prolongeront, dans la réalité, des avocates comme Gisèle Halimi : conquérir des droits, dossier après dossier. La série prouve aussi qu’on peut divertir et transmettre à la fois. C’est le fil de mon essai Le monde est injuste, et alors ? : les droits ne tombent pas du ciel, ils s’arrachent, et il est bon de le raconter, même avec le sourire.
« Lidia Poët n'a pas attendu que la loi la reconnaisse pour exercer. Les pionnières ne demandent pas la permission. »
Tania GombertCes sujets résonnent avec les vôtres ? Échangeons.
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