« Zoos humains » : Pascal Blanchard et l'invention du regard sur l'Autre
Pendant plus d’un siècle, on a exhibé des êtres humains comme des bêtes de foire. Zoos humains et exhibitions coloniales, dirigé par Pascal Blanchard et le groupe ACHAC, documente ce phénomène longtemps occulté. Un livre essentiel sur la fabrique du regard occidental sur « l’Autre ».
Un phénomène longtemps occulté
De la fin du XIXe siècle au milieu du XXe, des millions d’Européens se sont pressés pour voir, dans des expositions et des « villages indigènes », des hommes, des femmes et des enfants venus des colonies, mis en scène comme des curiosités. Blanchard et ses coauteurs rassemblent une documentation immense, affiches, cartes postales, photographies, pour rendre visible ce que l’on avait préféré oublier. Le simple fait de nommer ces dispositifs, « zoos humains », est déjà un acte.
Fabriquer « le sauvage »
L’enjeu du livre dépasse l’anecdote macabre. Ces exhibitions ont façonné, dans les esprits, une frontière entre « civilisés » et « sauvages », entre « nous » et « eux ». Elles ont éduqué le regard de générations entières à voir l’autre comme inférieur, exotique, inquiétant. La domination coloniale ne s’est pas seulement jouée par les armes : elle s’est ancrée par les images, le spectacle, la mise en scène des corps.
Le pouvoir des représentations
C’est ce qui rend ce livre si actuel. Il montre que les représentations ne sont jamais innocentes : elles installent durablement des hiérarchies. Les clichés sur certaines populations, encore présents aujourd’hui, ne sont pas tombés du ciel, ils ont une généalogie. Ce travail rejoint directement ce qui m’occupe sur le regard et les stéréotypes, jusque dans ma façon de penser l’image, comme dans mon portrait en mosaïque du métissage.
Voir, sans rejouer
Un tel livre pose une vraie question, qui vaut pour beaucoup de travaux sur la violence : comment montrer sans rejouer la mise en spectacle que l’on dénonce ? Blanchard fait le choix d’exposer pour faire comprendre. Ce choix se défend, et il mérite aussi d’être discuté. C’est l’une des questions les plus délicates de tout travail de mémoire, et nous y reviendrons à propos d’autres de ses ouvrages.
Ce que ça m'apprend sur le métissage
Comprendre comment s’est fabriqué le regard sur « l’Autre », c’est désamorcer ce regard. C’est exactement le travail que je mène avec Cap Métissage : défaire les assignations héritées pour faire de la diversité une évidence, pas une curiosité. Et c’est le fil de Le monde est injuste, et alors ? : l’injustice commence souvent par une manière de regarder.
« La domination ne s'est pas seulement imposée par les armes : elle s'est ancrée dans les regards. Défaire ces regards, c'est déjà un combat. »
Tania GombertCes sujets résonnent avec les vôtres ? Échangeons.
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