Masculinisme : le rapport qui nomme enfin la menace

Le Haut Conseil à l’Égalité vient de rendre public son rapport annuel sur le sexisme en France. Et cette année, il a fait quelque chose d’inédit : nommer le masculinisme comme menace systémique. Pas comme une déviance marginale, pas comme une sous-culture d’adolescents en colère. Une idéologie. Structurée. En expansion. Dix millions de personnes adhèrent au sexisme hostile dans ce pays. Si vous pensiez que mars était le mois des progrès, ce rapport est une gifle froide. Et les gifles froides, parfois, c’est exactement ce dont on a besoin.

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Dix millions de visages du sexisme

Le rapport du HCE est sorti. Les chiffres sont là, implacables, et ils méritent qu’on les regarde sans détourner les yeux. En France, 17 % des personnes de 15 ans et plus adhèrent au sexisme hostile. Ce n’est pas une statistique abstraite. C’est environ dix millions de personnes qui considèrent les femmes comme fondamentalement inférieures, moins capables, moins légitimes. À côté de ça, le sexisme paternaliste concerne environ 7,5 millions d’hommes et 5 millions de femmes : ceux qui « protègent » les femmes en les maintenant dans un rôle d’éternelle assistée.

Ce que le rapport fait pour la première fois, c’est nommer le masculinisme comme une idéologie à part entière. Pas un ressentiment diffus, pas une réaction isolée. Un système de croyances cohérent, avec ses codes, ses influenceurs, ses communautés, ses passerelles vers d’autres formes de radicalisation. Le HCE devient ainsi la première institution publique française à consacrer une analyse spécifique au masculinisme dans ce cadre officiel.

Le cybersexisme est au cœur du dispositif. 84 % des victimes de cyberharcèlement sont des femmes. Les algorithmes ne sont pas neutres. Ils optimisent l’engagement, et la misogynie engage. La normalisation se fait progressivement, impérceptiblement. On ne peut pas comprendre la montée du sexisme en 2026 sans comprendre comment les algorithmes la financent.

Les mécanismes d’une régression organisée

Pourquoi maintenant ? Pourquoi cette accélération ? Les réponses simples sont tentantes : la réaction aux droits acquis, la crise économique qui exacerbe les compétitions de statut, l’anxiété identitaire d’une partie des hommes qui cherchent des boucs émissaires. Tout cela existe. Mais ce serait passer à côté de l’essentiel.

Le masculinisme est une réponse organisée aux progrès de l’égalité. C’est un contre-mouvement, pas une spontanéité. Il s’est structuré en réseau transnational, avec des figures de proue, des codes partagés, des stratégies de diffusion. Ces contenus ne vivent pas dans des niches obscures : ils circulent sur YouTube, Instagram, TikTok, dans les espaces où nos enfants passent des heures.

Le rapport du HCE formule 25 recommandations. Parmi elles : rendre les séances d’EVARS obligatoires, renforcer les contrôles de l’ARCOM sur les contenus masculinistes, créer une catégorie autonome « masculinisme » dans les signalements de haine en ligne, et intégrer le « terrorisme misogyne » dans les doctrines de sécurité nationale. Cette dernière recommandation n’est pas anodine. Elle dit que la misogynie organisée peut tuer. Elle l’a déjà fait.

Ce que nous pouvons faire, là, maintenant

L’expertise a ses avantages. On peut se réfugier dans l’analyse, produire des rapports, animer des colloques. Et tout cela est nécessaire. Mais l’urgence de 2026 appelle aussi à des actions concrètes, à portée de main, dans nos sphères d’influence respectives.

Dans les organisations, commencer par nommer ce qu’on voit. Le sexisme paternaliste est encore souvent invisible parce qu’il se drape dans la bienveillance. « Elle travaille tellement bien, il faut la protéger des dossiers trop complexes. » Ce type de sexisme, diffus, institutionalisé, crée des plafonds de verre que personne n’a délibérément construits mais que tout le monde entretient. Le nommer, c’est déjà agir.

Cap Métissage travaille précisément sur ces angles morts du leadership : les biais, les normes implicites, les cultures d’organisation qui produisent de l’exclusion sans en avoir conscience. L’enjeu n’est pas de criminaliser, c’est de conscientiser.

UN Women France, dans le cadre de sa campagne #EnAvantMars 2026, a documenté des initiatives concrètes pour faire progresser l’égalité à tous les niveaux : formation des managers, protocoles anti-harcèlement renforcés, budgétisation sensible au genre.

Vers une résistance lucide et collective

Mars se termine. Les campagnes s’arrêtent. Les hashtags s’essoufflent. Et souvent, le 1er avril, on revient à l’ordinaire comme si de rien n’était. C’est ce piège-là qu’il faut refuser.

Le rapport du HCE ne s’arrête pas au 31 mars. Le masculinisme non plus. Ce qui est en jeu en 2026, c’est la capacité collective à tenir dans la durée : maintenir la vigilance, refuser la fatigue militante, continuer à nommer, à agir, à exiger des comptes.

Et si la vraie rupture, ce n’était pas un rapport de plus, mais la décision de chacun et chacune de traiter l’égalité comme une priorité opérationnelle, pas symbolique ? La menace masculiniste n’est pas une fatalité. Elle est le symptôme d’une société qui n’a pas encore fini de choisir ce qu’elle veut être.

Vers un leadership qui a du sens, du souffle et de l’impact

L’année qui s’ouvre ne sera ni simple ni linéaire. Les incertitudes demeurent et les tensions persistent. Pourtant, elle offre une opportunité précieuse : celle de choisir comment nous voulons avancer et de redéfinir ce que nous appelons réussite.

Refuser les résolutions superficielles, privilégier la lucidité et assumer l’engagement n’est pas une posture confortable. Elle est exigeante, parfois solitaire, mais à mes yeux, c’est la seule capable de produire un impact réel, durable et transformant. Un impact qui ne se limite pas à des indicateurs de surface, mais qui façonne les organisations et les trajectoires individuelles sur le temps long.

La conviction qui m’anime reste intacte : notre point de départ ne détermine jamais notre point d’arrivée. Ce sont les choix répétés, les efforts constants et la clarté de vision qui façonnent le chemin.

Je crois à un leadership qui accepte la complexité, refuse la facilité et choisit le temps long comme acte de responsabilité.

Et si 2026 était l’année où nous arrêtions de promettre pour commencer à construire.

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