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« Aux origines de l'humanité » : la grande synthèse de Coppens et Picq sur d'où nous venons

Arbre de la vie et marche de l'evolution de la cellule a l'homme, origines de l'humanite

Avant les essais grand public, il y eut la somme. Dirigé par Yves Coppens et Pascal Picq, Aux origines de l’humanité (Fayard, 2006) réunit des dizaines de spécialistes pour retracer, de l’apparition de la vie à l’homme moderne, l’histoire longue de notre lignée. Un ouvrage de référence qui pose les fondations de tout ce que Picq écrira ensuite.

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Analyse littéraire·6 min de lecture

Une somme, pas un essai

Le projet est ambitieux : offrir, en deux volumes richement illustrés, une histoire des origines mobilisant la paléontologie, la paléoanthropologie, la génétique et la biologie de l’évolution. La direction réunit deux figures majeures de la discipline en France, Yves Coppens, l’un des découvreurs de Lucy, et Pascal Picq. Le premier tome couvre un arc immense, de l’apparition de la vie à l’homme moderne. On est loin du format de l’essai : il s’agit d’un travail de référence, documenté, pensé pour durer.

Replacer l'homme dans le vivant

Le geste fondateur de l’ouvrage consiste à inscrire la lignée humaine dans l’histoire générale du vivant. L’homme n’y apparaît pas comme une création à part, posée au sommet, mais comme une branche parmi d’autres d’un arbre immense. Ce décentrement est précieux : il coupe court à l’idée d’une évolution orientée vers nous, comme si tout le vivant n’avait eu pour but que de nous produire. Nous sommes un résultat, pas une finalité.

La question du « propre de l'homme »

Le second tome se concentre sur ce qui distingue l’humain, la technique, le langage, la culture, le symbolique, par rapport aux autres primates. C’est la question qui traverse toute l’œuvre de Picq et qu’il reprendra, livre après livre. La poser à partir de données scientifiques, plutôt que de présupposés philosophiques, change la donne : on cherche les marqueurs réels de la spécificité humaine, et l’on découvre qu’ils sont moins exclusifs qu’on ne le croyait.

Pourquoi une référence compte

À l’heure des avis tranchés et des résumés de trois minutes, un ouvrage de synthèse, avec ses sources, ses cartes, son glossaire, joue un rôle d’antidote. Il rappelle que le savoir sur nos origines se construit lentement, se discute, se révise. Lire une somme n’est pas un réflexe d’érudit : c’est se donner les moyens de distinguer ce qui est établi de ce qui est conjecturé.

Lire les origines pour comprendre le présent

Comprendre d’où nous venons éclaire ce que nous faisons. Replacer l’homme dans le vivant, c’est aussi désamorcer les discours qui transforment nos hiérarchies sociales en lois de la nature. Si rien dans l’évolution ne nous destinait à dominer, alors aucune domination humaine ne peut se réclamer de la nature. C’est le fil que Picq tirera ensuite, des premiers hommes aux violences faites aux femmes.

« Connaître nos origines n'est pas un luxe d'érudit : c'est la condition pour cesser de prendre nos hiérarchies sociales pour des lois de la nature. »

Tania Gombert

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« Aux origines de l’humanité » : la grande synthèse de Coppens et Picq sur d’où nous venons