Aux origines de la domination masculine : ce que révèle « Et l'évolution créa la femme »
Avant d’alerter sur les violences du XXIe siècle, Pascal Picq avait posé la question des origines. Dans Et l’évolution créa la femme (Odile Jacob, 2020), le paléoanthropologue remonte à la préhistoire des rapports entre hommes et femmes pour répondre à une question qui dérange : la domination masculine est-elle inscrite dans notre nature, ou l’avons-nous inventée ?
La question des origines
Le titre joue avec celui du film de Roger Vadim, mais le propos est grave. Picq cherche d’où vient le patriarcat. Sa réponse traverse tout le livre : la subordination des femmes n’était pas écrite dans l’ADN des premières sociétés humaines. Elle est une histoire, faite d’étapes, de contraintes et de choix. Poser ainsi la question, c’est déjà refuser l’évidence trompeuse selon laquelle il en aurait toujours été ainsi, et qu’il en serait toujours ainsi.
Ce que les grands singes nous apprennent
Pour situer l’humain, Picq commence par les autres primates. La coercition sexuelle des mâles existe dans le monde animal, mais elle varie énormément d’une espèce à l’autre. Les chimpanzés illustrent une forte compétition et une domination masculine ; les bonobos, leur espèce sœur, vivent dans des sociétés bien plus égalitaires, où les femelles font alliance. Cette diversité porte tout l’argument : si des espèces aussi proches divergent à ce point, aucun comportement n’est dicté par la seule biologie. La nature n’impose pas un modèle unique, elle ouvre un éventail.
Le patriarcat, une invention culturelle
De ce constat, Picq tire une conclusion ferme : la domination masculine est une invention culturelle, datée et située. La recension de la revue L’Histoire le résume bien : la coercition du féminin par le masculin fut un processus visant à domestiquer les femmes, par étapes. L’auteur invite d’ailleurs à dépasser l’opposition trop rigide entre l’inné et l’acquis. Les contraintes biologiques existent, elles n’expliquent pas à elles seules un système de pouvoir. Le patriarcat a une histoire, donc une date de naissance.
Le tournant du Néolithique
Quand cette domination se durcit-elle ? Le livre pointe un basculement décisif au Néolithique. Avec la sédentarisation, l’agriculture et l’élevage apparaissent les premières sociétés de production, où le contrôle des ressources et de la descendance prend une importance nouvelle. C’est dans ce cadre historique que la domestication des femmes se systématise. Le rappel est d’autant plus utile que la préhistoire les avait effacées : les recherches récentes montrent que les femmes du Paléolithique chassaient, fabriquaient des outils et des parures, bâtissaient des habitats, participaient à l’art. Le récit des origines les avait reléguées au foyer. Picq les y rend visibles.
D'autres chemins étaient possibles
La leçon la plus profonde du livre tient en une idée : l’évolution n’a pas de voie unique. Le patriarcat est une solution historique parmi d’autres qui restaient possibles. Cette phrase change le regard. Ce qui s’est construit à un moment de l’histoire peut se défaire par d’autres choix, à un autre moment. C’est précisément ce qui rend ce livre utile au présent, et pas seulement aux préhistoriens. En tant que vice-présidente Partenariats d’ONU Femmes France, je retiens cette boussole : nommer l’origine construite d’une domination, c’est rendre pensable sa fin. Cinq ans avant son livre sur les violences du XXIe siècle, Pascal Picq en avait déjà posé les fondations.
« Si la domination masculine était inscrite dans notre nature, aucune autre voie ne serait pensable. Pascal Picq montre qu'elle a une date de naissance, donc qu'elle peut avoir une fin. »
Tania GombertCes sujets résonnent avec les vôtres ? Échangeons.
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