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« Sapiens face à Sapiens » : l'histoire splendide et tragique de notre espèce

Deux profils humains se faisant face avec une flamme rouge et une frise de l'evolution

Pourquoi sommes-nous la seule espèce d’homme encore debout ? Dans Sapiens face à Sapiens (Flammarion, 2019), Pascal Picq enquête sur le succès vertigineux d’Homo sapiens, qui a colonisé presque tous les milieux en quelques dizaines de milliers d’années, et sur la part d’ombre de ce triomphe.

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Analyse littéraire·6 min de lecture

Un succès sans équivalent

Depuis environ quarante mille ans, Homo sapiens s’est imposé comme l’unique espèce d’homme, colonisant la quasi-totalité des milieux habitables de la planète. Aucun autre animal n’a connu pareille expansion. Picq mène l’enquête en croisant les découvertes archéologiques les plus récentes et les acquis de la paléoanthropologie, pour comprendre les ressorts de cette réussite hors norme.

Le versant splendide

La force de Sapiens tient à un faisceau de capacités : le langage symbolique, l’art, la coopération à grande échelle, la capacité à tisser des récits communs qui rassemblent des inconnus. C’est cette intelligence collective, plus que la force, qui a fait la différence. Le livre rend justice à cette part lumineuse, créatrice, de notre histoire : nous sommes l’espèce qui raconte, invente et relie.

Le versant tragique

La même puissance se retourne contre son milieu et contre elle-même. En transformant la planète à son échelle, Sapiens est entré dans une phase inédite de son évolution, où il détient un pouvoir de destruction à la mesure de sa créativité. Le titre dit cette bascule : notre principal adversaire n’est plus une autre espèce, c’est nous-mêmes, et l’usage que nous faisons de notre propre force.

Sapiens face à lui-même

Ce face-à-face est le cœur du livre. Après avoir « gagné » contre toutes les autres humanités et dominé le vivant, Sapiens se retrouve seul devant le miroir, comptable de ses choix. La responsabilité remplace la compétition. Il ne s’agit plus de survivre à des prédateurs, mais de ne pas devenir le sien. C’est un déplacement vertigineux de la question évolutive.

Lire l'histoire longue pour affronter le présent

Le regard long est un antidote au court-termisme. Comprendre comment nous en sommes arrivés là tempère autant l’orgueil que le désespoir : ni espèce élue, ni catastrophe inéluctable, mais une trajectoire qui dépend encore de nos décisions. Sapiens face à Sapiens nous tend ce miroir, et c’est peut-être le service le plus utile qu’un paléoanthropologue puisse rendre au présent.

« Sapiens a gagné contre toutes les autres humanités. Le défi qui lui reste, le plus difficile, c'est lui-même. »

Tania Gombert

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